Pangolin
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Le jargon du confinement

Vocabulaire – La crise sanitaire liée au Covid-19 et ses conséquences ont amené quelques mots oubliés dans le langage courant : Le confinement, la pandémie, le coronavirus, les gestes barrières, les soignants, le pangolin

Le confinement est bien entendu le terme le plus popularisé et pour cause puisque nous sommes tous confinés. Curieusement, le terme qui avait une connotation plutôt négative (on confinait les malades, les animaux dangereux, les éléments nocifs…) est devenu plus léger. Le confinement est devenu un état d’esprit, on se salue entre confinés. Sur nos mails, on a même remplacé le sempiternel “Cordialement” par “Bon confinement” !

Il y a fort à parier que dans quelques années, le mot Confinement sera utilisé pour désigner l’actuelle période. On dira “C’était pendant le confinement” comme on dit “C’était pendant l’Occupation”. Un nom commun qui désigne une période de l’histoire sans que l’on ait besoin de préciser les dates.

Avec le confinement, les responsables politiques ont également évoqué très rapidement le déconfinement (mot alors inexistant dans nos dictionnaires). Et les plus pessimistes d’entre nous redoutent… un reconfinement.

Le coronavirus est également un terme assez nouveau dans le langage de tous les jours alors qu’il existe depuis quelques années. Il a été déterminé par les virologues dans les années 1960 et doit son nom au fait que le machin vu au microscope aurait l’apparence d’une couronne. Il convient donc d’employer le terme coronavirus au pluriel puisqu’il regroupe un ensemble de virus provoquant principalement des gènes respiratoires.

Le Covid-19 fait partie de cette famille des coronavirus. Co-Vi D signifie Corona-Virus Disease et le chiffre 19 lui est accolé parce que découvert en 2019 (et non pas parce qu’il serait le dix-neuvième d’une liste). Les médias emploient plus volontiers ce terme par souci d’exactitude, mais aussi par euphémisme : le terme covid-19 reste moins effrayant que coronavirus. Le fait de lui avoir attribué un acronyme chiffré donne le sentiment qu’il a été identifié, et qu’il est donc sur le point d’être maîtrisé. Ceci dit, on a quand même réussi à lancer une polémique d’académicien en suggérant d’utiliser Covid-19 au féminin…

  • Rectification du 27/06/2020 : Un ami chercheur au CNRS, doté donc de la rigueur scientifique qui manque cruellement à l’auteur de ces lignes, fait remarquer que “Covid-19” est le nom de la maladie, et non pas celui du virus, qui est identifié sous le nom de “SARS-CoV-2“. Ce dernier fait partie de la famille des coronavirus. Faut pas tout mélanger.

Devant l’ampleur de la contagion, les autorités rendent hommages aux soignants, un terme relativement nouveau qui regroupe l’ensemble des professions médicales, du chirurgien au brancardier en passant par l’infirmière et l’aide-soignante. Comme enseignants, surveillants, dirigeants, migrants, il s’agit d’un participe présent transformé en nom d’une catégorie, lui donnant de surcroit un sentiment d’action : ceux qui soignent, comme ceux qui enseignent, ceux qui surveillent, ceux qui dirigent, ceux qui se déplacent…

On a également inventé le terme de gestes barrières qui succède aux bonnes pratiques appliquées en période de contagion : rester chez soi, tousser dans le coude plutôt que dans les mains, éviter de se toucher le visage avec les mains, se laver les mains fréquemment, garder ses distances avec toute autre personne… La notion de barrière est curieuse, car même si une barrière barre le passage, on peut quand même aisément la franchir…

Curieusement, cette crise sanitaire de 2020 a fait surgir un anglicisme parfaitement inutile (comme c’est souvent le cas). Ainsi les médias emploient-ils le mot “cluster” plutôt que “foyer de contamination“. Dans le même ordre d’idées, mais à un degré moindre, on a souvent préféré le “clapping” aux “applaudissements“.

Nous avons redécouvert le mot attestation, qui désigne habituellement un document qui déclare, qui certifie, qui atteste… On se fait faire une attestation par ses parents, son patron ou son médecin. La crise de 2020 a inventé l’attestation délivrée par soi-même. Par ce document, j’atteste que je fais faire mes courses. Par cette attestation, je déclare me promener dans l’heure qui m’est accordée dans un rayon d’un kilomètre autour de chez moi.

On revient également sur les notions d’épidémie et de pandémie. Les deux termes évoquant l’apparition d’une maladie contagieuse qui se transmet d’individu à individu dans un temps très court et de manière exponentielle. Il s’agit d’une épidémie lorsque le phénomène reste circonscrit (on a failli écrire confiné…) dans une même zone géographique, et de pandémie lorsqu’elle se développe au-delà de cette zone géographique et traverse les frontières.

Que dire du pangolin, cet animal qui serait à l’origine de tout et dont on ne savait jusqu’alors pas grand chose ? Sinon qu’il s’agit d’un étonnant mammifère à écailles, vivant dans les pays tropicaux et se nourrissant principalement d’insectes. Bref un animal sans histoires que pourtant l’homme a pourchassé au nom de croyances ancestrales qui donnait aux écailles de l’animal des vertus curatives et thérapeutiques. On ignorait surtout qu’en réalité, la consommation de l’animal présentait un risque pour l’homme. Ainsi le pangolin restera désormais l’animal à l’origine de la contagion, mais aussi du confinement de milliards d’être humains. Voire même d’une crise économique majeure. Pauvre bête.